Pères à l’enfant
Saint Joseph tend les langes devant le feu, anonyme, XVIè siècle. Marie devant, Joseph en arrière-plan, effacé et discret: c’est ainsi que sont habituellement représentés les parents terrestres de Jésus. Cette scène domestique va plus loin: le père adoptif y a momentanément abandonné son atelier de menuiserie pour s’occuper de la lessive. Il incarne ainsi, plus que jamais, une paternité ancrée dans le quotidien, faite d’abnégation et d’humilité. Jospeh «est celui qui recueille, qui nourrit, qui protège, qui éduque, et quand vient l’heure, qui s’efface en douceur. »
(Ed. La Différence)
Sarcophage gallo-romain, IIè siècle. Les dieux de la mythologie sont facilement portraiturés vec un bébé dans les bras. Mais pour ce qui est des pères terrestres, il est rarissime dans l’iconographie occidentale d’en voir un dans cette posture. Ce père gallo-romain, sculpté sur un sarcophage, constitue une notable exception. D’autant plus qu’il dégage une douceur et un naturel peu communs. Nous sommes pourtant à l’époque du pater familias tout-puissant et « celui-ci devait avoir, comme les autres pères de son époque, droit de vie et de mort sur son fils. »
(Ed. La Différence)
Portrait de Joseppo da Porto avec son fils Adriano, Véronèse, 1551. L’héritier qui pose « à l’imitation du père », aux côtés de ce dernier, fier de le présenter au monde: cette scène de Véronèse constitue la norme en matière de portraits de pères avec fils. Celui-ci, peint à la fresque et grandeur nature, décore un mur de la villa de Joseppo da Porto, chevalier d’empire, construite par Palladio à Vicence. Les da Porto avaient demandé au peintre un portrait de famille. Il a opté pour deux fresques séparées et symétriques: la fille et la mère, le fils et le père. Une séparation des sexes qui fera des adeptes parmi les portraitistes.
(Ed. La Différence)
Portrait d’Alphonse d’Avalos, Marquis del Vasto, en armure avec son fils. Titien, 1533. Son fils ou un simple serviteur, tendant son casque au condottiere, « tout cuirassé d’orgueil » et « préoccupé seulement de la pose qu’il doit prendre pour la postérité »? La froideur du marquis est telle qu’on peut se poser la question. Marianne Bourgeois penche pour la thèse du fils, car on retrouve l’enfant dans d’autres tableaux. Le désintérêt affiché des pères pour les bébés est à mettre en relation avec le fort taux de mortalité enfantine de l’époque: on mise sur l’héritier, c’est-à-dire sur un enfant assez grand pour espérer raisonnablement qu’il survivra.
(Ed. La Différence)
Le sacrifice d’Isaac, Le Caravage, 1603. Abraham levant le bras pour tuer son fils, ainsi que Dieu le lui a ordonné: la scène, abondamment traîtée dans l’iconographie, vient rappeler « l’ambivalence des sentiments entre père et fils ». Dans le traitement qu’en fait ici Le Caravage se lit « l’insoumission du peintre » aux normes picturales de l’époque: il choisit le plan horizontal, « là où tous les autres peintres choisissent d’ordinaire la verticalité pour montrer l’intervention de la transcendance ». L’ange n’a pas d’ailes et ne surplombe pas Abraham: « Le Caravage n’a pas le respect des hiérarchies, ni le goût du surnaturel. »
(Ed. La Différence)
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